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Publié par Rene Dumonceau

Qui veut jouer à la Princesse ?

Si les histoires de coeur finissent mal, c’est la faute aux femmes et aux archétypes. Dans un ouvrage roboratif qui énumère les principales raisons de l’échec amoureux, Florence Lautrédou tape sur les contes de fée.

Un jour, un psychanalyste lui dit : «L’amour ? Une pathologie. Suffit de voir comme les gens souffrent.» Florence Lautrédou (qui vient juste de rompre), opine lugubrement du chef. Oui, certainement, l’amour fait mal. Mais le non-amour fait encore plus mal.

 

Vous préférez rompre ou vous accrocher ?

Plutôt mourir que rester coincé(e) dans un mariage convenable.

«On ne peut nier le caractère pathologique du couple ancien régime, ce forceps du binôme amoureux qui a témoigné de son caractère mortifère. Outre les violences conjugales, destinées aux femmes, il a conduit des générations de mal appariées à développer des maladies graves et autres modes d’expression d’émotions négatives retournées contre soi. Cancers, maladies auto-immunes, pathologies de dégénérescence funestes ou encore, radical, l’accident mortel seul au volant en rentrant à «la maison» qui met fin au calvaire, tous résultats d’une souffrance chronique, éprouvée jour après jour dans le désert de la maltraitance conjugale, dans le vide affectif d’un faux foyer, dans la détestation de soi et de ce qu’est devenue sa vie. Affaire dangereuse. On meurt du non-amour. Notre culture s’emploie à nous le signifier, pourtant, depuis des siècles de production littéraire, cinématographique, musicale, et… nous fonçons tête baissée dans la catastrophe».

 

Il y a huit pathologies d’échec amoureux…

La catastrophe est-elle une fatalité ? Non. Normalienne, agrégée de lettres modernes et psychanalyste (1), Florence Lautrédou analyse dans un très beau livre – L’Amour, le vrai – les raisons pour lesquelles ça ne marche pas.

Elle en trouve huit. Il existe, en effet, huit schémas récurrents d’échec : toujours les mêmes, dit-elle, en suggérant à ses lectrices d’identifier celui qui leur correspond.

Toute thérapie repose, au préalable, sur un diagnostic. Le fait que Florence Lautrédou s’adresse avant tout aux femmes est d’ailleurs loin d’être innocent : les femmes sont les principales coupables et les premières victimes des ratages en amour.

Pourquoi ? Parce qu’on enseigne aux femmes, depuis la «tendre» enfance, que leur seule raison d’être c’est de «trouver un gentil garçon» pour «faire sa vie en couple».

Les femmes ont presque toutes grandi dans l’idée qu’elles ne valaient rien pour elles-mêmes. Ce qui les rend particulièrement «stupides» en matière de sentiments.

Elles sont trop dépendantes.

 

... Et ce sont huit pathologies féminines

Florence Lautrédou ne mâche pas ses mots : «La psyché féminine sur l’amour est marquée du sceau de cette imbécillité» qui consiste à se croire «nulle» quand on n’est pas en couple.

La vie des femmes tourne entièrement autour de ce principe – l’Amour – qui seul donne sens à leur existence.

C’est du moins ce qu’on leur fait croire, à grand renfort «de passif transgénéalogique, d’inconscient collectif de souffrance et d’humiliation, et, surtout, d’un substrat culturel de contes et de légendes, d’histoires de princesses de château ou de télé qui fausse dès la naissance la perception des femmes sur elles-mêmes, sur leur valeur, forcément inférieure, et sur la nécessité d’une relation amoureuse pour l’établir.

Clarissa Pinkola Estés s’est livrée à une analyse implacable de ces croyances accrochées à la psyché féminine. Elle a décortiqué un à un chacun de nos conditionnements ancrés dans un référentiel consensuel de contes, légendes, traditions populaires, qui déterminent le destin amoureux de la femme, pour souvent la réduire».

 

Quel archétype préférez-vous ?

Avec des mots précis, Florence Lautrédou dissèque les huit archétypes auxquels les femmes s’identifient le plus souvent et qui les conduisent à gâcher leur relation : «Martyre, Mentor, Sauveuse, Vierge, Princesse, Ange, Esclave, Mère, Servante, Victime, Prostituée, Femme fatale».

Pour illustrer chacun de ces archétypes, Florence raconte des histoires à la vérité troublante, qui sont celles de ses innombrables patientes :

  • Prenez la Mentor, par exemple, c’est l’archétype de la conformiste qui refuse de coucher le premier soir : par principe ou par peur ? En se «donnant», elle craint de perdre toute valeur aux yeux de l’autre. Elle ne songe donc qu’à l’épouser et le piéger dans une «relation sérieuse», dont elle règle le timing. «Aucun homme, sauf un non-homme justement, n’acceptera de se voir ainsi encadré», note Florence, avec ironie.

 

Autrement dit :

  • La castratrice qui veut tout contrôler finit forcément par payer. Elle attire les faibles, faciles à castrer.

  • La Maman qui veut materner, elle, attire les mâles infantiles.

  • La Martyre attire les sadiques.

  • La Princesse attire les machos.

  • etc.

 

Dans ce petit théâtre des archétypes oppressifs et limitants, les femmes se condamnent à ne rencontrer que leur pendant mâle «pour des chorégraphies aussi brutales qu’éculées».

 

Si vous avez peur, vous êtes déjà des proies

Ainsi que Florence l’explique, la peur motive la plupart des femmes : peur de la solitude. Peur de l’échec. «La peur emprisonne dans des schémas de réassurance irréels», ajoute-t-elle.

«Quelles que soient les injonctions culturelles, familiales, sociales reçues par les hommes et les femmes, il est d’abord primordial de se reconnecter à l’instinct. Cette vérité vaut davantage pour les femmes, soumises à des modèles de féminité aliénants».

Quelle solution ?

Sortir du rôle qu’on s’est donné, dit-elle. Trouver d’autres modèles d’identifications : Vampirella, Wonder-woman, Magicienne ou Amazone, peu importe.

«Les femmes auront aussi intérêt à lâcher certains archétypes pour en intégrer d’autres, plus favorables à leurs projets, y compris sentimentaux. Car plus une femme recontacte sa puissance féminine, grâce au bon choix d’archétypes, plus elle s’ouvre à la possibilité d’une vraie rencontre amoureuse. Ces schémas, très mécaniques, valent pour tous les types de couples, hétérosexuels autant qu’homosexuels, tant les mêmes polarités s’y retrouvent à travers les jeux de rôle de la relation, assortis des potentialités de simulacres et autres stéréotypes funestes».

Conclusion : vous voulez être heureuse en amour ? Prenez pour role model des héroïnes que vous admirez, des icônes de fiction positives.

 

A LIRE : L’Amour, le vrai, de Florence Lautrédou, éd. Odile Jacob, 2016.

NOTE 1 : Elle a créé The Eye Opening Project, un collectif de professionnels des domaines de l’art, de la psychologie, de la science et de la spiritualité, qui promeut le recours à l’inspiration et aux ressources intuitives dans nos vies. Elle est l’auteur de Cet élan qui change nos vies. L’inspiration.

CET ARTICLE FAIT PARTIE D’UN DOSSIER EN DEUX PARTIES : la première partie s’intitule «L’amour, c’est quand on le fait sans préservatif ?».

 

Source : Publié par Agnès GIARD le 29 juin 2016 sur sexes.blogs.liberation.fr

Relayé par René Dumonceau

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