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Publié par Rene Dumonceau

Pourquoi la viande heureuse est un non-sens

Depuis que je suis hypersensible aux énergies, j'ai décidé de ne plus manger de viande car un morceau de viande qui est dans mon assiette me transmet l'énergie et les émotions de l'animal dont elle a fait partie...

Cette chair d'animal qui m'est proposée en repas me donne envie de pleurer et de vomir.

Au travers de ce bête morceau de carne, je ressens la profonde angoisse de la bête en entier lorsqu'elle a réalisé qu'elle allait mourir sans en comprendre la raison car elle n'avait rien fait de mal et qu'elle était née depuis tellement peu de temps.

En plus de l'angoisse de mourir, il y a la mort en elle-même qui est rarement propre et bien réalisée... Bien réalisée... Quels drôles de mots pour qualifier une mise à mort. Aurai-je été bourreau dans une autre vie ? 

Chaque jour je me promène dans la campagne et mon chien Jimbo joue avec de jeunes vaches. Chacune de ces demoiselles a son caractère, chacune est différente mais qu'est-ce qu'elles sont malignes. Je préfère les voir comme cela plutôt que découpées et que l'on m'en présente un morceau en repas dans mon assiette.

Avant les êtres humains tuaient pour survivre mais maintenant ils tuent pour consommer, pour faire du business...

Les vaches, les cochons, les moutons sont des mammifères... Comme nous, êtres humains... Humains ? Vous pensez vraiment qu'on l'est ?

Si je mange encore de la volaille ? Encore moins que des morceaux de mammifères car les méthodes d'abattages de la volaille sont hyper violentes, sans parler des méthodes d'élevage.

Qu'est-ce que je mange, alors ? Principalement des légumes cuits avec autre chose. Des pâtes, des céréales, un peu de poisson, des oeufs achetés chez le voisin...

Vous avez raison, je n'ai pas toujours été comme ça. Qu'est-ce que j'en ai mangé, de la viande ! Mais à cette époque, j'étais moins sensible et surtout, je n'étais pas informé, je ne savais pas... Et je n'étais pas autant sensible et éveillé que maintenant. 

Dans l'article ci-dessous on explique pourquoi la "viande heureuse" est un non sens. Lisez-le sans crainte de voir ou d'entendre des choses déplaisantes car j'ai retiré tout ce qui pourrait choquer...

Bon appétit. Les légumes sont délicieux en cette saison. Si ça vous intéresse, je vous donnerais des recettes...

Coeurdialement.

René.

 

Cela faisait un moment que je n’avais pas écrit un article sur les idées reçues qu’on peut entendre à droite à gauche quand on milite pour la cause animale.

Aujourd’hui, je vous propose de faire le point sur ce qu’on appelle la « viande heureuse », c’est-à-dire une viande qui serait produite sans souffrance. Derrière l’expression de « viande heureuse », il y a donc l’idée sous-jacente d’un animal ayant eu une belle vie, ayant été bien traité, puis ayant été abattu sans souffrance dans les règles de l’art.

PRODUIRE UNE VIANDE SANS SOUFFRANCE, EST-CE POSSIBLE ?

Pour répondre à cette question, je vais considérer ici la souffrance selon deux critères : les conditions de vie et l’abattage.

LES CONDITIONS DE VIE

Les conditions de vie d’un animal d’élevage varient d’un élevage à un autre, on s’en serait douté. Prenons d’abord le cas des élevages industriels (ou élevages intensifs). Tous les élevages industriels ne sont pas identiques. Néanmoins, on peut identifier des points communs :

  • la concentration des animaux y est élevée (généralement dans des hangars sans accès à l’extérieur).

  • des mutilations y sont pratiquées (comme par exemple la castration à vif des porcelets, le débèquetage des poules, l’écornage des vaches, etc. Pour plus de détails, je vous renvoie vers l’article que j’avais écrit sur l’élevage industriel).

  • Les vaches et les veaux sont séparés précocement dans l’industrie du lait et les poussins mâles broyés ou gazés dans l’industrie de l’œuf.

Bref, si viande heureuse il y a, on imagine mal comment elle pourrait provenir de ce type d’élevage, qui produit pourtant la grande majorité de la viande qu’on achète.

 

Quid des élevages bio ? Les conditions y sont globalement meilleures. Cependant, le bio ne suffit pas à assurer l’absence de souffrances. Les mutilations, la séparation des vaches et veaux et le gazage des poussins mâles sont pratiquées également dans les élevages bio. De plus, on trouve aussi des élevages intensifs dans le bio. Le nombre de poules pondeuses peut par exemple aller jusqu’à 3000 individus dans le même bâtiment[1]. La viande bio n’est donc pas synonyme de viande heureuse.

Reste «le petit producteur», celui chez qui tout le monde semble se fournir bien que ce soit mathématiquement impossible. Dans l’imaginaire collectif, celui-ci fait référence à un élevage traditionnel à taille humaine où l’éleveur.se se soucie réellement du bien-être de «ses» animaux (je n’irais pas jusqu’à dire qu’il ou elle les aime –comme on l’entend souvent dire– puisque rappelons que le rapport entre l’éleveur.se et animaux est financier) : les animaux ont de l’espace, un accès à l’extérieur, la possibilité d’interagir avec leurs congénères, et même peut-être un nom plutôt qu’un numéro. Il est indéniable que les animaux qui y sont élevés ont de meilleures conditions de vie que ceux élevés dans des fermes usine. Dans ces conditions, on pourrait donc effectivement penser que la viande heureuse n’est plus bien loin.

J’ouvre ici une parenthèse. Reconnaître que les conditions d’élevages sont meilleures dans certains élevages me paraît important, puisque l’argument revient sans cesse. Mettre tous les élevages au même niveau ne me semble de fait ni juste, ni pertinent. Cependant, cette simple observation de la réalité n’implique pas non plus la cautionner. Fin de la parenthèse.

Photo de Annie Spratt sur Unsplash

Photo de Annie Spratt sur Unsplash

Malheureusement, la petite taille de l’élevage ne veut pas forcément dire que les animaux ne souffrent pas. Comme pour le bio, les animaux ont ici aussi pu subir les mêmes mutilations que celles décrites plus haut. De plus, dans les fermes laitières, la séparation des veaux et des vaches est inévitable, quelle que soit la taille de l’élevage.

Mais quand bien même ces animaux vivraient une vie heureuse et paisible dans cette ferme du bonheur. Leur mort sera-t-elle elle aussi heureuse et paisible? C’est ce que nous allons voir.

L’ABATTAGE

Notons tout d’abord qu’avant l’abattage, il y a le transport jusqu’à l’abattoir. Ce transport est dans bien des cas long, stressant et éprouvant. En plus d’éventuelles souffrances physiques (insalubrité, entassement, faim, soif, etc.), il peut également entraîner une souffrance émotionnelle, comme par exemple l’angoisse et l’anticipation de la mort. Or le transport : tous les animaux d’élevage y passent. Il est en effet illégal de tuer les animaux directement à la ferme, sous peine d’être passible de six mois de prison et 15 000 euros d’amende [2]. Quant à l’abattoir mobile actuellement en phase de test (un camion qui vient abattre l’animal à la ferme plutôt que d’emmener l’animal à l’abattoir), il reste très anecdotique et réservé aux bovins [3].

© Jo-Ann McArthur | WeAnimals

© Jo-Ann McArthur | WeAnimals

Vient ensuite l’abattage. Je ne vous cache pas que là, ça se corse pour notre viande heureuse, qui fait tout d’un coup un peu plus la tronche.

Peut-on, en effet, tuer un animal sans le faire souffrir ?

C’est ce que l’étourdissement préalable est sensé assurer, afin de rendre l’animal inconscient au moment de l’abattage.

De fait, selon un rapport confidentiel de 2011 du Conseil général de l’alimentation sur l’abattage, l’absence d’étourdissement allonge le temps nécessaire pour rendre l’animal inconscient et prolonge ainsi sa douleur. La réglementation française a ainsi rendu l’étourdissement obligatoire. Celui-ci est effectué par électronarcose, au moyen d’une tige perforante.

Sauf que : 

  • D’une, les ratés sont fréquents, du fait des cadences imposées aux employés des abattoirs. Ainsi, en 2011, la Coalition canadienne pour la défense des chevaux (CHDC) a posé une caméra pendant 24h au dessus de boxes d’abattage. Sur les 150 abattages filmés, 40% des chevaux ne sont pas étourdis correctement après le 1er coup de pistolet.[4] On ne fait pas mieux en France. Il suffit de visionner les enquêtes diffusées par L214 pour constater que de nombreux animaux sont conscients au moment de l’abattage, que ce soit parce que l’animal a été mal étourdi ou qu’il ait été accroché vivant. Suite aux scandales à répétition de ces dernières années, l’Assemblée a voté l’obligation d’installer des caméras de surveillance dans les abattoirs à partir de janvier 2018. Cependant, les vidéos ne pourront être visionnées que par les services vétérinaires et l’employé.e de l’abattoir responsable de la protection animale. Les associations de protection animale et le grand public, en revanche, n’y auront pas accès [5]. On peut donc craindre que les abus ou dysfonctionnements resteront dans l’enceinte de l’abattoir.

  • De deux, la loi prévoit une dérogation pour l’abattage rituel. Selon le même rapport cité ci-avant, on estime à moins de 10% la demande de viande halal ou casher. Pourtant, le volume d’abattage rituel atteindrait 40 % des abattages totaux pour les bovins et près de 60 % pour les ovins. Comment expliquer cela ? Pour des questions d’économie de coûts, de nombreux abattoirs mixtes (c’est-à-dire équipés de deux chaînes d’abattage: l’une avec étourdissement et l’autre sans) pratiquent l’abattage sans étourdissement systématiquement. Une part non négligeable de la viande issue d’abattage sans étourdissement se retrouve ensuite dans le circuit classique, sans mention pour le consommateur ou la consommatrice. Je précise qu’il ne s’agit ici en aucun cas d’une attaque envers certaines minorités religieuses. Au banc des accusés de maltraitance animale, on peut aisément dire que toutes les religions sont coupables.

« Un des inconvénients majeurs de l’électronarcose, surtout quand elle est automatisée, est lié aux mauvaises manipulations, aux difficultés de positionnement des électrodes et à leur paramétrage. Incorrectement employées, elles peuvent stimuler des récepteurs de la douleur sans induire l’inconscience »

Pierre Le Neindre, chercheur à l’INRA (rapport 2009)

Puisqu’il n’existe pas de label certifiant que l’animal ait bien été étourdi avant la saignée, l’OABA a dressé une liste des abattoirs pratiquant uniquement l’abattage conventionnel (consultable ici).

Si vous ne savez pas quoi faire ce week-end, vous pouvez donc vous amuser à vérifier si le numéro à 6 chiffres figurant sur votre barquette de viande est ou non dans la liste. S’il n’y figure pas, l’abattoir en question pratique l’abattage mixte et il n’y a aucune manière de savoir quelle a été la méthode d’abattage.

S’il y figure, l’animal a, a priori, été tué selon la méthode conventionnelle. A priori, puisque comme évoqué précédemment, les ratés sont monnaie courante. Même dans les abattoirs bio, si jamais vous vous posiez la question, qui sont tout autant concernés par les questions de maltraitance animale que les autres abattoirs. Pour preuve, les enquêtes de L214 dans les abattoirs du Vigan, de Pézenas et Mercantour, ou encore de Mauléon-Licharre, tous trois pourtant certifiés bio.

 

Après Alès et Le Vigan, ces images tournées à l'abattoir de Mauléon-Licharre dans les Pyrénées-Atlantiques montrent de nouveau l'extrême violence de la mise à mort des animaux.

"Dignité, respect, étourdissement, contrôle, bio" : les discours se veulent rassurants. La réalité est toute autre.
Dans cet abattoir, on arrache la vie à des agneaux de lait et des veaux terrorisés. Animaux frappés, mal ou pas étourdis, conscients au moment de la saignée, découpés à vif : une réalité insoutenable.

La viande ne représente aucune nécessité et pourtant des millions d'animaux agonisent derrière les murs des abattoirs. Ne fermons plus les yeux et agissons.

ÊTRE TUÉ À L'ABATTOIR DE MAULÉON

Bref, à moins d’être présent.e à l’instant T, il est impossible d’être certain.e que l’animal n’ait pas souffert durant le processus qui le mène de l’élevage à l’abattoir, puis durant l’abattage. Vous pouvez tout au plus espérer que la probabilité soit de votre côté.

Pourquoi la viande heureuse est un non-sens

LA VIANDE HEUREUSE : L’EXCEPTION QUI CONFIRME LA RÈGLE ?

Cependant, pour pousser l’argumentation jusqu’au bout, imaginons effectivement que notre morceau de viande ait bravé tous les obstacles pour éviter la souffrance:

  • l’animal a été élevé dans une petite ferme traditionnelle dans laquelle il a été chéri et bien traité; 

  • il n’a pas subi de mutilations;

  • le transport vers l’abattoir fut court et non stressant;

  • l’abattage a bien été effectué avec étourdissement préalable;

  • l’animal est resté inconscient durant l’abattage.

A ce stade, j’espère que vous aurez compris qu’il est très peu probable que votre viande remplisse tous ces critères (et encore moins probable s’il s’agit des lardons de la quiche de la cantine ou la pizza pepperoni du supermarché). Beaucoup d’appelés, peu d’élus. Et quand bien même tous les critères étaient cochés : vous n’auriez en fait aucun moyen de le savoir !

Néanmoins, admettons effectivement que notre morceau de viande fasse partie de ces Happy Few.

Soyons fous, admettons même que l’animal s’est fait masser et qu’on lui ait fait écouter de la musique classique avant de l’abattre. Ça y est là, c’est sûr, il peut prétendre au titre de «viande heureuse», n’est-ce pas ?

Et bien non, toujours pas.

Reste en effet la question centrale de l’intérêt à vivre de l’animal.

 

LA VIANDE HEUREUSE ET L’INTÉRÊT À VIVRE DE L’ANIMAL SONT INCOMPATIBLES

Vous l’aurez compris, toute la démonstration précédente se focalise sur la souffrance endurée par l’animal. Démonstration qui était en fait, inutile (oui j’aurais pu vous faire l’économie de 1600 mots). 

De fait, à ne considérer l’animal qu’à travers sa capacité à souffrir, on en oublie qu’on a affaire à un être sentient capable d’éprouver des émotions. En d’autres termes, cet être sentient a un intérêt à vivre, et pas seulement à ne pas souffrir.

 

Dans une interview pour la revue Véganes, Frédéric Côté-Boudreau, doctorant en philosophie à Queen’s University résume les choses avec brio :

«L’animal a un intérêt à vivre du plaisir et à continuer de le vivre – alors que se faire tuer, même sans douleur ni angoisse de l’anticipation de la mort, constitue un tort irréparable à la capacité de continuer à profiter de ces plaisirs. C’est pourquoi il importe d’expliquer que la mort n’est pas grave à cause de sa souffrance, mais bien parce qu’elle prive un individu de jouir du bien le plus précieux qu’il a : la capacité à jouir des opportunités de la vie.»

Frédéric Côté-Boudreau

Même son de cloche chez Thomas Lepelter qui écrit dans «L’imposture intellectuelle des carnivores» (ouvrage que je vous invite à découvrir ici):

«On aura beau se raconter les histoires que l’on veut, tuer des animaux est toujours violent pour la simple raison qu’ils ne vont pas de gaieté de cœur se faire couper la gorge.»

«L’imposture intellectuelle des carnivores» Thomas Lepelter

       

Ajoutons à cela que les animaux sont abattus alors qu’ils sont encore très jeunes.

Il semble vraiment curieux de parler de «viande heureuse» alors que tout est fait pour les faire atteindre un poids d’abattage maximal en un minimum de temps.

 

Pourquoi la viande heureuse est un non-sens

Bref, la viande heureuse est un oxymore.

Un concept qui sert simplement à rassurer le consommateur ou la consommatrice, mais qui n’est moralement pas valable et en contradiction directe avec le droit des animaux.

Comme le dit Brigitte Gothière, co-fondatrice de L214 : "non, il n’est pas possible de tuer éthiquement un animal" (NDRené : surtout pour le manger).

Pourquoi la viande heureuse est un non-sens

Source : Publié le 16/09/2017 par Brigitte Gothière, fondatrice de L214 sur La Carotte Masquée.

Relayé par René Dumonceau

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