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Publié par Rene Dumonceau

Crédits photographiques : Karine Bernard

Crédits photographiques : Karine Bernard

Récemment, j’ai eu l’occasion de réfléchir sur l’importance de poser un cadre lors d’un atelier collectif. Voici un instantané de mes réflexions du moment, que vos réactions à cet article ne manqueront pas d’encore faire évoluer.

Cet article peut se voir comme une prolongation naturelle de l’article précédent, qui s’interrogeait sur ce qui différencie l’approche et les objectifs d’un coach de ceux d’un guide ou d’un thérapeute, que je vous invite à lire préalablement (voir ici).
 

De l’art de poser le cadre

Le cadre

Plus le cadre est clairement délimité au préalable, plus il est possible d’expérimenter en toute liberté et spontanéité au sein de ce cadre. En sécurisant et autorisant, le cadre ouvre un espace de liberté intérieure qui permet de déposer les masques et les armures pour oser expérimenter et ressentir pleinement. Sans ce contexte sécurisant, bienveillant et validant, rares sont ceux à même de s’abandonner en confiance à l’émergence de « ce qui est présent ».

Ce cadre suppose le respect par toutes les personnes présentes de quelques règles de base, dont l’essence est : écoute, bienveillance et respect envers soi-même et envers les autres.

Cela implique aussi d’avoir défini au préalable le contenu de ce cadre, ainsi que les éventuelles limites que l’on souhaite ne pas voir franchies. Il est parfois tentant de ne pas définir de façon trop stricte ce cadre, de peur qu’un excès de rigidité ne nuise à la capacité à accueillir ce que le moment présent nous propose, mais au risque de créer de l’ambiguïté. Le juste équilibre est délicat.

L’important est de pouvoir s’appuyer sur un cadre clair, stable et fiable. Cela suppose qu’il n’y ait aucune modification des règles du jeu en cours de partie sans avoir obtenu au préalable le consentement libre et éclairé de tous les intervenants.

En revanche, le contenu-même du cadre pourra être variable en fonction de la pratique, ainsi que du niveau d’avancement et d’implication des participants, et s’il s’agit d’une initiation ou d’un niveau approfondi.

Dans une voie de réalisation de soi, l’accent sera généralement plus mis sur l’autonomisation et la responsabilisation des participants. Ainsi, un cadre ou un accompagnement trop «maternant», anticipant et déminant toutes les situations potentiellement confrontantes, sera certes très sécurisant mais il limitera fortement les occasions de grandir et d’évoluer.

Par exemple, lorsqu’un(e) participant(e) peine à faire respecter ses limites, si l’accompagnant intervient trop vite et pose les limites à sa place, comment va-t-elle/il apprendre et trouver la solution en elle/il de façon durable ?

Ce qui se passe en atelier est généralement le reflet de ce qui se passe dans notre vie…

Tout l’art est de trouver le juste milieu propre à chacun, permettant aussi aux gens plus fragiles d’avoir la possibilité de se déployer à leur rythme sans se faire faucher dès l’envol…

Si dans certains cas la présence attentive de l’accompagnant peut créer le cadre sécurisé qui permettra l’émergence d’une liberté. Dans d’autre cas cela pourrait être l’absence totale d’observateur ou de témoin qui favorisera cette liberté et la prise de responsabilité.

Dans une voie initiatique, le cadre ne cherchera pas forcément à éviter les situations confrontantes ou bousculantes, parfois seules à même de faire bouger des équilibres trop cadenassés. Dans certains cas, le cadre pourrait même consister en une absence de cadre, pour peu que cela soit clairement annoncé dès le début. Arrivé à un certain niveau de ressources intérieures, expérimenter l’insécurité, ne rien avoir sur quoi s’appuyer peut-être intéressant…

L’accompagnant qui confronte et bouscule un(e) participant(e) pourrait ainsi être parfaitement dans son rôle, sous réserve que cela soit fait sciemment et que ce comportement ne soit pas en réalité une simple manifestation de l’ego de l’accompagnant qui serait alors dans ses propres manques ou blessures.

On en revient à la question centrale de la confiance : si un participant a l’assurance que la personne qui l’accompagne se met prioritairement au service de sa guérison et/ou de son évolution, il pourra alors vraiment s’abandonner en sécurité, même dans une situation confrontante ou inconfortable.
 

Être ou ne pas être en retrait

La déontologie de la plupart des thérapies invite fermement le praticien à laisser sa personnalité en retrait, à ne rien livrer de son intimité ou de sa vie privée à ses patients, afin d’être le plus «neutre» possible et que la relation reste de nature strictement professionnelle.

Il n’en va pas tout à fait de même de l’accompagnant spirituel ou initiatique, que l’on va consulter tout autant pour «qui il est» que pour ses outils. Plus que des techniques, c’est une qualité d’être et de présence qu’il a à offrir. Son parcours, son évolution, les difficultés qu’il a surmontées et celles qu’il rencontre encore sont souvent plus intéressants que son bagage théorique.

Cela ne signifie pas forcément qu’il est juste ou utile que l’accompagnant mélange toute sa vie privée ou intime avec les personnes qui le suivent. Ce n’est d’ailleurs généralement pas ce plan-là qui sera le plus susceptible de les inspirer dans leur évolution.

Le juste positionnement sera d’autant plus subtil à trouver si l’accompagnant cumule les casquettes de guide et de thérapeute avec le même client.

Afin de trouver ce délicat équilibre, la meilleure boussole reste, selon moi, de se poser régulièrement cette question : tel rapprochement d’intimité (qu’il soit d’ordre émotionnel, affectif ou physique) est-il réellement profitable à la guérison ou à l’évolution de la personne ? Ce faisant, l’accompagnant reste-t-il prioritairement au service de cette cause ou vise-t-il son propre bénéfice ?

La réduction de la distance entre accompagnants et participants est de plus en plus présente lors des ateliers collectifs. De plus en plus d’accompagnants se mettent au même niveau que les participants, se mélangent à eux lors des exercices, laissent voir leurs failles, assument leurs fragilités et reconnaissent avec humilité qu’ils sont tout autant en chemin que les personnes qu’ils accompagnent. Le fait qu’ils participent aux propositions, se livrent avec honnêteté lors des partages verbaux, a pour avantage de permettre plus facilement aux participants de s’autoriser à vivre pleinement l’expérience qui se propose à eux et à la ressentir avec authenticité.

Ce statut hybride d’accompagnant/participant demande la faculté de pouvoir «entrer et sortir» rapidement d’un exercice, de façon à passer fluidement d’un rôle à l’autre.

Personnellement, je trouve cela plus juste, plus crédible et plus inspirant que la posture du gourou à la perfection affichée, ne descendant pas de son piédestal. Je préfère d’ailleurs le terme «accompagnant» à celui de «guide», ce dernier laissant penser qu’il a déjà fait tout le chemin et qu’il en connaît chaque détour, ce qui est évidemment faux.

Le fait de «descendre dans le bain», de se mêler aux participants et de vivre des expériences avec eux peut cependant contribuer à rendre le cadre moins clair, à ce que la répartition des rôles soit plus confuse. S’il est bon de rester vigilant à cette zone grise, il serait néanmoins dommage de chercher à la supprimer complètement car elle est intéressante. C’est en effet dans sa nature de susciter l’émergence de «quelque chose», de favoriser une liberté qu’un cadre plus rigide ne permettrait pas.

En résumé de ces réflexions, qui pourraient tout aussi bien s’appliquer aux séances individuelles qu’aux ateliers collectifs, la déontologie par rapport au cadre me paraît être relativement toujours la même, quelle que soit la pratique; l’exception principale me semblant être la distance maintenue à l’égard du client/participant, susceptible de varier en fonction du statut de l’accompagnant.

De même, l’objectif premier du cadre me semble intangible : créer un espace de confiance dans lequel l’abandon et le lâcher-prise peuvent se déployer. Ce qui peut en revanche varier en fonction de la pratique et du degré d’avancement, c’est la nécessité de préserver ou non les participants des situations confrontantes.

Et il m’apparaît de plus en plus clair que c’est un art subtil et délicat qui s’accommode mal des certitudes : plus la vérité semble acquise, plus grande est probablement la nécessité de se remettre en question. Un beau chemin d’humilité…

Auteur : Didier de Buisseret.

Relayé par René Dumonceau

Vous pouvez partager cet article à condition d’en respecter l’intégralité et d'en citer la source. Utilisez toujours votre discernement par rapport à ces écrits. Vous avez un Libre-Arbitre, alors utilisez-le et surtout, écoutez ce que vous dicte votre coeur. Lui seul détient votre vérité, laissez-le vous guider.

Crédits photographiques : Karine Bernard Photographie.

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