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Publié par Bertrand Duhaime

  Le véritable sens de l'impassibilité

Les écoles orientales insistent énormément sur l’état d’impassibilité qui permet d’échapper à la Roue de la Vie, soit au cycle des réincarnations.  De nos jours, pour badiner, on aime parler d’«état zen» ou de «zénitude», des évocations de cette disposition que, surtout Bouddha, illustre à merveille.  En fait, l’impassibilité exprime diversement l’état de sérénité générale qui provient de l’insensibilité à la douleur, à la souffrance et aux émotions, qui prévient l’obscurcissement de la lucidité et la paralysie de l’action.  Mais il faut comprendre qu’elle n’appelle pas à nier sa sensibilité, à  ni à rejeter ce qui fait la valeur de la vie, ce qui représente un basculement dans l’austérité.  Elle n’exprime jamais un manque de sensibilité naturelle et de compassion qui, frôlant le manque d’humanité, rendrait indifférent aux misères d’autrui.  Dans la démarche spirituelle, elle s’apparente plutôt au sang-froid qui, en cas d’urgence, dans l’intervention secourable concrète, assure la sûreté de l’intervention parce qu’il ne brouille pas l’esprit et en limite pas l’expression de la compétence.

Au premier sens, l’impassibilité — qu’on peut aussi désigner par imperturbabilité ou équanimité — s’applique à l’Absolu qui, dans la plénitude de sa Totalité, ne connait pas l’affect, l’appétence, le désir, la motivation, l’aspiration, le besoin.  En tant qu’Essence pure, il ne peut exprimer de ressenti, de sentiment, d’impulsion, de passion, de mouvements d’âme, de sautes d’humeur, de ressentiment, de passion.  Impersonnel, donc dépourvu de personnalité, il est, tout simplement, ne ressentant les mouvements de l’énergie qu’à travers ses créatures, le seul moyen par lequel il peut devenir, en quelque sorte,  personnel.  Cet attribut assure que Dieu ne juge pas, ne condamne pas, ne punit pas, n’accorde pas de privilège ni de traitement de faveur, ne fait pas d’exception ni d’acception de qui que ce soit, puisqu’il n’a aucune conscience du mouvement de son énergie, du bien ou du mal, du négatif ou du positif.  Pour ainsi dire, il se complaît dans son éternité, sa perfection, sa plénitude, sa béatitude, à titre de fondement de l’Ordre cosmique qu’il est.

Pour l’être incarné, l’appel à l’impersonnalité découle de la nécessité qu’il en vienne, en pleine conscience, donc délivré de tout obstacle, à ressembler à son Créateur, ce qui commence par une vie sans tension, qui produit un frein à l’éveil, à l’ouverture de la conscience.  En tout temps, il doit se situer dans la neutralité du juste milieu, en évitant de s’attacher au bien ou de résister au mal, les deux extrêmes apparents d’une même réalité qui doivent fusionner au lieu de s’exclure.  En tout temps, il doit rester transparent de sorte que la Lumière divine puisse le traverser sans opposition.  Ainsi, il doit s’extraire de la douleur et de la souffrance le plus rapidement qu’il le peut pour exprimer des sentiments dignes et nobles, mais dépourvus d’émotion.

Maître Eckhart (1260-1327), un mystique rhénan, explique ainsi la notion d’impassibilité : «L’homme qui se tient ainsi en tout détachement, se trouve tellement ravi dans l’éternité, que plus aucune chose éphémère ne saurait l’émouvoir, qu’il n’éprouve rien de ce qui est charnel, et on le dit mort au monde, car il n’a de goût pour rien de ce qui est terrestre… Ici, tu dois savoir que le juste détachement n’est rien d’autre, que le fait que l’esprit se tienne aussi immobile face à toutes les vicissitudes d’amour et de souffrance, d’honneur, de honte et d’outrage, qu’une montagne de plomb est immobile sous une brise légère. Ce détachement immobile amène l’homme à la plus grande égalité avec Dieu… Le détachement conduit l’homme à la pureté… »  Ainsi, il semble bien que l’impassibilité puisse être atteinte lorsqu’un être démontre une conscience bien construite de ce qu’il est, des capacités qu’il détient, de qui il est.

L’impassibilité conduit à l’indifférence, plutôt à la joie sereine, à l’égard des profits et des pertes, de la gloire et du déshonneur, des éloges et des blâmes, des bonheurs et des malheurs, à l’indifférence heureuse à l’égard de toute sensation agréable ou désagréable.  Cet état permet d’accepter totalement ce qui est sans perte d’équilibre, puisque le sujet reste blanc comme neige, parfaitement transparent, de sorte que tout le traverse sans l’affecter.  Elle permet d’accepter tout simplement les choses comme elles sont, ce qui ne signifie pas qu’un être devienne indifférent ou atone.  Plutôt, grâce à sa maîtrise, il se montre beaucoup plus ouverts en raison d’une compréhension est meilleure.  Cette faculté permet de savoir où, quand et comment agir.   En développant l’équanimité, un être devient capable de lâcher prise, il cesse progressivement de ressasser et de ruminer ce qui peut faire mal.  Dans un tel état d’apaisement, il agit lucidement, sagement et  sainement.

On peut déduire de ces propos que cette faculté désigne la liberté intérieure de celui qui, dans une dés-appropriation, n’est plus soumis à sa sensibilité, à sa sensualité, aux passions humaines.  Ce n’est pas qu’il n’éprouve plus de passions, mais qu’il est en mesure d’en rester le maître, qu’il parvient à volonté à refuse de les accueillir.  Planant au-dessus de tout, il peut rester serein et garder son bonheur d’être constant, entier.  Cet être réussit à se détacher de sa personnalité et à se rétracter dans son âme pour se complaire dans l’Absolu.  Au terme d’une longue ascèse, il parvient à produire un vide mental que l’Absolu remplit.  Il vit la tranquillité de l’âme parvenue au détachement parfait et il entre dans la véritable Connaissance.  C’est l’extase qui résulte de l’Unité de Conscience.

Lanza del Vasto, le grand humaniste, a très bien décrit cet état, en disant : «L’impassibilité n’est pas l’insensibilité, c’est le contraire de l’indifférence.  Puisque la douleur et la peine ne sont que les oscillations d’un seul pendu, l’impassibilité consiste à se placer au point d’attache du pendule, c’est-à-dire au point qui ne bouge pas, qui n’oscille pas, mais d’où les oscillations sont perceptibles et sensibles.»  Cet état permet de retrouver sa virginité, d’entrer dans sa conception immaculée, de se faire blanc comme neige, de sorte que toute vibration puisse circuler sans ressentir de prise, ce qui assure l’immunité et l’impunité.

Dans un discours sur l’impassibilité, le Maître Janakanandâ a su dire : «Il est difficile d’éliminer les sources de distraction, comme les bruits, mais il existe des distractions plus subtiles qui produisent de plus grands effets négatifs sur la conscience.  Parmi ces distractions, on peut compter les souvenirs désagréables des expériences passées qu’on craint de voir se reproduire.  L’émotivité personnelle est nourrie de compliments et d’insultes.  Le chercheur doit ignorer autant l’un que l’autre, car ils produisent de la destruction.  Ce ne sont pas les compliments qui doivent le motiver, car, par la suite, les insultes auraient la capacité de le déprimer.»  Ainsi, il laissait entendre qui celui qui vibre à un extrême de l’oscillation du pendule vibre forcément à l’autre, qui semble son contraire.

L’impassibilité permet d’établir un contact avec l’âme, au-delà de la confusion du mental, avant de se lier à l’Esprit de Vie, à une instance supérieure.  On dit l’âme impassible parce qu’elle ne peut ni souffrir ni juger.  Ce n’est que dans sa personnalité, dans son ego illusoire, qu’un être souffre.  Mais un être ne peut fusionner pleinement dans l’Absolu tant qu’il privilégie des états humains, qu’il maintient des attaches et des liens, qu’il s’identifie à son corps et au monde dense, qu’il se perd dans la dualité des contraires apparents, ce qui ne peut s’accomplir que dans la liberté complète, l’humilité et le retour à la simplicité qui implique l’annihilation complète de l’ego.  Idéal des Orientaux, qui nous ont donné le sens zen, on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’une qualité naturelle et qu’il suscite une aspiration spontanée chez les Occidentaux.

De nos jours, la quête de l’impassibilité devient vaine puisque le fait d’accepter de participer à l’actuel bond de l’Ascension et de se donner inconditionnellement à la Lumière pourvoit à toute autre nécessité.  La Lumière divine fera remonter à la conscience de chacun, à son rythme, ce qui engendre le moindre obstacle à ce projet de transition et de basculement de la conscience, le dissolvant spontanément de son propre pouvoir.

 

Publié le 28/03/2016 par Bertrand Duhaime sur larchedegloire.com/limpassibilite

Relayé par un blog de René Dumonceau

 

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