Nous ne savons toujours pas ce qu’est la matière. La définition : « substance qui constitue les corps » ne veut rien dire d’autre que : la matière c’est la matière. La précision : « qui est objet d’intuition dans l’espace et possède une masse mécanique » est une précision par certaines des qualités de la matière, non de la matière en tant que substance. D’ailleurs, si l’on dit que la substance est « une matière caractérisée par ses propriétés », on ne parle pas de la substance en elle-même mais en ses propriétés, ses qualités, ce que la scolastique appelait ses accidents, c’est-à-dire ce qu’elle n’est pas en elle-même, en son essence.
Limiter la matière au physico-chimique conduit à l’impasse de devoir admettre l’existence de phénomènes dits acausaux
parce qu’ils n’ont pas de cause physico-chimique, ce qui est un suicide de la raison par la négation du principe de causalité. La découverte de cette prétendue « acausalité » devrait conduire le
rationaliste cohérent à reconnaître que la « matière » n’est pas totalement matérielle, qu’elle comporte une dimension immatérielle que, faute de mieux, on appellera spirituelle. La pensée
traditionnelle pré-matérialiste (et post-matérialiste) voit dans la chair un corps animé ; et la science physique la plus avancée, celle de l’infime, en vient à admettre qu’une particule n’est
pas purement physique et spatiale.
La matière, qu’elle soit infime en ses plus simples particules ou massive en ses corps organisés, comporte une
dimension immatérielle. Il n’existe d’âme de l’être humain que parce qu’il existe une âme de la particule. L’organisation de plus en plus complexe de la matière puis de la vie dans l’évolution de
notre univers s’explique au mieux par la concertation, combinaison, association des âmes ou consciences élémentaires. Lorsqu’un vivant meurt, cette concertation cesse et l’organisme complexe
retourne à l’élémentaire des molécules et des atomes. Ce qui signifie que l’âme humaine se disperse en âmes moléculaires et atomiques. Ne peut subsister que l’esprit éternel que l’humain vivant
aura accueilli.
La question : dualisme ou monisme, au centre de la pensée occidentale dominée par les philosophies du aut, de l’ou bien
ou bien, elles-mêmes inspirées par un imaginaire ouranien de la coupure, s’avère être une question mal posée, un vain dilemme. La matière est une et bidimensionnelle.
Illusion d’Epicure et de Lucrèce et, deux mille ans plus tard, de leurs adeptes qui croient que la vie résulte de la
conjonction de la nécessité et du hasard, des atomes et de l’aléatoire clinamen. Demandez à un mathématicien ce qu’est le hasard et vous aurez l’évidence que le hasard est incapable d’être à
l’origine de la vie et de son évolution par sa simple combinaison avec la nécessité.
La chance serait-elle le hasard indéterminé manipulé par l’esprit ? Indigence des mots forgés par des consciences
rudimentaires.
Le souffle de l’aurore en ravivant la cendre
Réveille aussi la joie au cœur qui la contemple
Mais il la sait fugace et son regard intense
Tente de posséder ce qu’il ne peut tenir
Lorsque l’heure est passée reste le souvenir
Et sa joie hésitante reste aussi l’espérance
Que demain et demain se rouvrira le temple
Des braises que l’esprit ranime dans la cendre
Source de cet article : Lise Lagarde
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